YINGELE – le film

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© Sandra Amar Photographie

À 85 ans, Yingele, ancien danseur du film « Rabbi Jacob », n’a plus qu’une valise, des souvenirs, et un monde miné par la haine et l’antisémitisme. Chargé de faire revivre une chorégraphie pour la paix, il vacille entre 1942 et nos jours, entre les fantômes et ceux qui dansent encore. Lui ne danse plus, mais il transmet. Il chante. Il résiste et promet à son fils disparu : « We Will Dance Again ». Film musical réalisés par Eden Levi Campana

L’œuvre d’Eden Levi Campana naît dans un espace d’improvisation dirigée, de transmission intuitive, de communion artistique. Le processus de création est ici indissociable du résultat. Eden Levi Campana n’a pas imposé une forme figée ; il a orchestré un mouvement. S’il a écrit certains textes, guidé des intentions, ce sont les acteurs, chanteurs et danseurs qui ont, par leur énergie propre, leur talent, donné chair à l’ensemble. Maurice Zaoui en est l’axe central. Ancien danseur, chanteur, improvisateur d’exception, sa manière d’habiter le projet tient du miracle artistique. Chaque prise le révèle autrement : il n’interprète pas un personnage, il l’invente. Il faut une grande maîtrise pour atteindre cette liberté, une vie entière. Maurice Zaoui à l’allure de Christopher Lee, l’a puisée dans son ancrage au sein du groupe Adama, mais aussi dans le patrimoine juif universel. Il incarne une mémoire vivante, un chant transmis par le souffle du shofar, le son et la parole. Une voix hors du commun.
Autour de lui, une constellation d’artistes s’est mise en mouvement. Sarah Ashel, Sally Lyy et Patrick El Bar, danseurs et interprètes, ont apporté leurs propres langages gestuels, intégrés sans heurts dans la dynamique organique du tournage. Cette capacité à accueillir les langages individuels fait d’Eden Levi Campana un véritable chef d’orchestre, au sens que donnait Kandinsky à ce rôle : une main invisible qui rassemble les vibrations sans les lisser.
Ilan Zaoui, frère de Maurice, chorégraphe emblématique de Rabbi Jacob et figure centrale du groupe Adama, a enrichi l’ensemble par sa mémoire chorégraphique, transmettant une gestuelle héritée, transformée, vivifiée. Sa chanson Yingele, portée par la voix poignante d’Aurélie Saada, est le noyau de l’œuvre : une berceuse en yiddish adressée à un enfant dont la mère a été déportée à Auschwitz. Ce chant, entre prière et cri, traverse toute la création comme un fil rouge affectif.
Le projet s’est également enrichi de la présence de stars comme Jeane Manson et Popeck, qui ont accepté de jouer le jeu de l’improvisation. Jeane Manson (27 albums vendus à 30 millions d’exemplaires), accompagnée de sa fille Shirel, livre une interprétation puissante de Hallelujah de Leonard Cohen, ouvrant l’œuvre à une dimension de musique universelle, entre sacré et intime.
De « jeunes acteurs et chanteurs » comme Fanny Germon, Michel Gad Wolkowicz, Bruno Lellouche, Axel Attia, Jean-François Strouf, et les enfants Yoav, Yaïr, Yona et Sarah ont incarné une forme d’authenticité bouleversante. Leur présence, sans affectation, offre à l’image une densité fragile, précieuse.
Le processus de mise en scène fut, à lui seul, une épopée artistique. Myriam Cohen, en tant que cheffe maquilleuse et coiffeuse, a façonné les visages comme des toiles sensibles. Sandra Amar, assistante réalisatrice et photographe, a accompagné chaque instant avec acuité et délicatesse. Les cheffes opérateurs Leah Marciano et Rachel A. Silberman ont dû adapter leur regard à une matière mouvante, réinventer à chaque prise une grammaire visuelle, capter le vivant là où il surgissait. Rachel A. Silberman, également productrice déléguée avec Makom Productions, a mené cette arche de Noé créative avec une rigueur exemplaire. Elle a su maintenir le cap même dans l’urgence, comme à Marseille, où l’équipe, arrivée à 6 h du matin, devait tourner un clip en six heures. Ce fut là que son excellence de préparation fit la différence, tout comme la présence décisive de Sandra Amar, la fulgurance gestuelle de Sarah Ashel, et l’expérience sensible d’Eden Levi Campana, capable de capter la somme de tous ces talents dans l’instant.
Yingele se situe dans la lignée des œuvres polymorphes, à la croisée du cinéma-essai, du théâtre gestuel, du chant rituel. Comme les travaux de Romeo Castellucci, Meredith Monk ou Alain Resnais, Eden Levi Campana propose ici une œuvre-rhizome : chaque fragment est une racine, chaque voix un écho, chaque corps une mémoire. À travers cette symphonie collective, il signe une œuvre singulière, où l’improvisation devient méthode, et la poésie, acte de résistance. 

Auteur-réalisateur : Eden

Special Guest : Jeane Manson et Popeck – Chanteurs : Adama (Ilan Zaoui – Aurélie Saada – Maurice Zaoui), Fanny Germon, Jeane Manson
Danseurs / comédiens : Maurice Zaoui, Sarah Ashel, Axel Attia, Lydia Haouzi Barbas, Patrick El bar, Sally Lyy, Samuel Madar, Jean-Francois Strouf, Oren Giorno, Ilan Zaoui, Fanny Germon, Audrey Dahan, Stéphanie Sebban, Sabine Besnainou, Jess Berros
Les enfants : Yoav, Yaïr, Yona, Sarah
Chef Maquilleur / coiffeur : Myriam Cohen
Assistante réalisatrice / photographe : Sandra Amar
Master : David Konopnicki
Electro : Cathy
Régie : Patrica
Costumiers : Jessica, Regina, Sarah
Accessoiriste : Joseph Nakam
Production exécutive : Makom Productions – Production déléguée : Balagan films
Directrice de production : Aria
Productrice Directrice artistique : Rachel A. Silberman
Chef opérateur : Leah Marciano, Rachel A. Silberman